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mardi 6 novembre 2012

Bonus/malus automobile : chronique d'un crash annoncé

La Tribune.fr : http://www.latribune.fr/actualites/economie/20121106trib000729210/bonusmalus-automobile-chronique-d-un-crash-annonce.html

Copyright Reuters
Jean-Pascal Gayant, professeur de Sciences économiques, Université du Mans 
 
Le nouveau système de bonus-malus, applicable en 2013, fait l'unanimité... contre lui, estime Jean-Pascal Gayant. Ce dispositif "mal ficelé" ne satisfait ni les écologistes, ni Bruxelles, ni les consommateurs, ni les députés. Les constructeurs français, eux, n'en profiteront qu'à très court terme.
Le système de bonus/malus qui vient d'être voté pour l'année civile 2013 ne satisfait pas grand monde, sauf peut-être Jérôme Cahuzac, le ministre délégué au Budget, convaincu que les projections sur les recettes issues du malus sont fiables. Il ne satisfait pas les écologistes puisque le barème, seulement fondé sur les rejets de CO2 des véhicules, favorise les moteurs diesels qui émettent de très nocifs oxydes d'azote. Il ne satisfait pas les autorités européennes qui, pour les mêmes raisons, ont tout lieu d'être estomaquées par un dispositif qui va à l'encontre de la norme Euro 6. Il ne satisfait pas les consommateurs qui ne peuvent toujours pas accéder à un véhicule « propre » polyvalent à un tarif raisonnable. Il ne satisfait pas les députés, qui ont tenté d'alléger le malus, et qui ont été « repris par la patrouille » d'extrême justesse. Il ne satisfait, enfin, les constructeurs français qu'à très court terme, le temps, espèrent-ils, de reprendre une bouffée d'air en vendant massivement les nouvelles Clio et 208. Car le cœur rentable du métier demeure les véhicules de tailles moyenne et supérieure, et pas seulement celles équipées d'un moteur diesel si l'on veut avoir une chance d'en vendre hors de l'hexagone...

Cacophonie
Rarement un dispositif aura été aussi mal ficelé. Rarement sa mise en place aura provoqué une telle cacophonie alors que c'est de visibilité et de stabilité réglementaire dont l'industrie automobile française a grand besoin. Tout économiste peut être convaincu du bien fondé de la mise en place d'un système de bonus/malus (si les élasticités prix de la demande sont correctement estimées). Encore faut-il que le critère sur lequel repose le dispositif soit pertinent. Encore faut-il que les effets du dispositif soient appréciés sur le long terme. Encore faut-il que les ajustements structurels qu'il induit ne viennent pas annihiler les bénéfices conjoncturels... La situation actuelle ressemble à un compromis désastreux entre des positions antagonistes et la puissance publique, plutôt que de choisir et d'annoncer une option tenable à moyen et à long terme (par exemple le développement conjoint de moteurs essence de nouvelle génération et de moteurs hybrides pour assurer la transition vers le tout électrique à horizon de 15 ou 20 ans), donne le signal intenable que l'on peut encore « investir » dans des véhicules à moteurs diesels.

Concertation européenne
Plutôt que de se laisser aller à des « effets de manche » sur d'éventuelles mesures protectionnistes, le gouvernement et son ministre du Redressement productif seraient inspirés de construire un projet de long terme, issu d'une concertation européenne, et dans lequel les constructeurs automobiles français pourraient prendre leur place. Entre le « tout malus » du gouvernement, le « tout diesel » du groupe PSA et le « tout électrique » du groupe Renault, l'automobile française semble aujourd'hui foncer « tout droit » dans le mur.

dimanche 28 octobre 2012

Le système bonus-malus automobile va-t-il tuer les constructeurs français?

http://alainkerbrat.blogspot.fr/2012/10/le-systeme-bonus-malus-automobile-va-t.html

L'Assemblée nationale a voté un durcissement du barème bonus-malus écologique sur les émissions de CO2 pour les automobiles. Cela fait longtemps que je souhaitais faire un article à ce sujet. L'excellente chronique "La pratique de l'automobile" de Jean Remy Macchia du 15 octobre, m'en donne l'occasion. 

Ce qui va changer, un lourd durcissement des malus:
En soi, les seuils du barème bonus malus CO2 évolue peu puisque qu'il débutera à 135 gr de CO2 au lieu de 140. Ce qui va vraiment changer est le lourd durcissement des malus.
Ainsi, l'achat d'une voiture émettant plus de 150 gr de CO2/km sera majoré d'un malus de 1000€, rien que ça. L'addition peut donc vite s'avérer salée.
Jean Remy Macchia prend l'exemple d'une Renault Modus essence avec boite automatique, soit sa version qui consomme le plus dans la catégorie très prisée en ce moment des petits monospaces (entre citadines segments B type Clio et compactes segments C type Megane). La petite Renault Modus, qui n'est pas un monstre de puissance ni une grande voiture verra son malus multiplié par 2,7. Le malus passera de 750€ à 2000€. Un Qashqai 2 litres essence aurait un malus de 5000€, rien que ça. C'est a se demander si les parlementaires ont réalisé l'impact sur le consommateur.

Les impacts sur le marché:
JM Macchia soulève trois impacts négatifs:

- Risques de développement de filières avec des voitures venant de l'étranger:
Pour échapper au malus certains pourraient être tentés d'acheter leurs voitures à l'étranger, car déjà la TVA française est parmi les plus élevées. Les concessionnaires français risquent de ne pas apprécier.

- Risques d'appauvrissement des constructeurs car les marges sur les petites voitures sont plus faibles:
C'est là que le bas blesse. Alors que nos hommes et femmes politiques disent se battre pour le sauvegarder les deux constructeurs français PSA Peugeot Citroen et Renault, cette hausse des malus va les affaiblir. En effet, cela va inciter à acheter des voitures du segment A (Twingo, Up, ...) et B (Clio, Fiesta, ...). Cela va poser deux problèmes graves. 
Le premier est que les constructeurs ne gagnent presque pas d'argent sur ces modèles, les marges étant très basses. Cela ne va pas aider les trésoreries délicates de PSA et Renault.
Le second est que ces modèles sont les moins produits en France. Par exemple chez PSA: Citroen/Peugeot C1/107 sont fabriquées à 100% en République tchèque, les C3 Picasso 100% en Slovaquie, 208 en partie en Slovaquie. Chez Renault: Twingo 100% en Slovénie et la Clio 4 à 40% en Turquie. Une mauvaise nouvelle pour l'emploi après la fermeture annoncée de PSA Aulnay. 

- Va favoriser les diesels alors qu'ils émettent des particules fines et des NOX:
Là aussi, il y a un contre sens écologique. Le barème du bonus malus se base uniquement sur le rejet de CO2 qui est corrélé à la consommation. Ceci favorise donc de fait les moteurs diesel. Pourtant le diesel est reconnu comme plus nocif du fait des particules fines et des oxydes d'azote. La France continue donc de favoriser le diesel, pas étonnant que nous soyons en Europe les champions, alors que dans d'autres pays les essence sont plus présents.

La mise en difficulté des constructeurs français et des classes populaires:
Il est impossible, en plus du volet écologiste, de ne pas voir dans cette modification du bonus malus, une tentative de protectionnisme déguisé à l'encontre des constructeurs allemands premium (Mercedes, BMW et Audi) qui voient leur ventes exploser en France. 
Mais ce raisonnement est très simpliste, voire même faussé. En effet, cette refonte favorise les segments A et B, moins rentables pour les constructeurs et l'emploi car beaucoup de modèles sont délocalisés pour justement être un minimum rentables.
Concernant l'écologie, ce n'est pas mieux, en se basant uniquement sur l'émission de CO2, cela favorise artificiellement le diesel par rapport à l'essence. Or, la plupart des publications scientifiques mettent prioritairement en cause les motorisations diesel du fait de leurs rejets de particules fines et d'oxydes d'azote (Nox). L'OMS a récemment donné raison à ces études. La France contre le reste du monde? En France, environ 70% des voitures vendues sont des diesel, une exception, dans presque tous les autres pays les essence représentent plus de 50%. Aux Etats Unis et au Japon le diesel ne représente que 2% des ventes, oui 2%!!! On incite donc nos constructeurs à fabriquer des modèles diesel alors qu'ils s'exporteront moins bien que les essence. Et après on parle d'écologie? 
Se pose également le problème de l'accès à l'automobile pour les personnes peu aisées. Imaginez une famille avec 3 ou 4 enfants. L'achat d'un monospace ou d'un break relativement grand est lourdement "malussé". C'est bien de les favoriser, mais tout le monde ne peut pas s'acheter des voitures hybrides (la moins chère Toyota Yaris hybrid) ou électriques.
S'il est adopté, le dispositif va faire passer la part des véhicules assujettis à cette taxation écologique de 11,6% en 2011 à plus de 18% en 2013.